Tuesday, March 24, 2026
Électrifier l’industrie pour rester compétitif : le rôle clé du stockage thermique
Décarbonation & PerformanceStockage & Flexibilité
La crise en Iran rappelle la dépendance persistante des industriels européens au gaz. Le stockage thermique offre une solution concrète pour électrifier la chaleur industrielle, sécuriser les coûts énergétiques et s’appuyer sur une électricité souveraine et bas carbone.
Les tensions géopolitiques récentes ont remis brutalement en lumière la dépendance de l’Europe au gaz. Après le déclenchement de la guerre en Iran, les prix ont bondi de 77 % en une journée, rappelant la fragilité persistante du système énergétique européen face aux chocs extérieurs.
Pour les industriels, cette situation se traduit immédiatement dans les coûts de production. Des secteurs comme la chimie, la papeterie ou l’agroalimentaire restent fortement dépendants au gaz. Dans certaines filières, comme celle des papeteries, l’énergie représente plus de 20% du coût de production. Dans ces conditions, chaque hausse des prix entame directement la compétitivité des sites européens.
Sur ce point, peu de choses ont changé depuis la crise de 2022 : la dépendance au gaz reste un facteur de vulnérabilité majeur. En revanche, le fonctionnement du système électrique a évolué, offrant un avantage compétitif inédit en Europe.
Un nouvel équilibre électrique en Europe
Il y a encore quelques années, la hausse du gaz entraînait mécaniquement celle de l’électricité. Le système électrique européen dépendait fortement des centrales à gaz pour équilibrer l’offre et la demande. Depuis, le paysage énergétique a évolué. La production d’électricité s’est redressée : la France est redevenue exportatrice nette d’électricité, portée par le retour du parc nucléaire et hydroélectrique. Parallèlement, les énergies renouvelables ont fortement accéléré à l’échelle européenne : depuis 2022, les capacités solaires et éoliennes ont progressé d’environ 50 %, représentant plus de 200 GW supplémentaires.
Cette transformation a des effets concrets sur les prix de l’électricité. Si le gaz continue d’influencer les prix lors des pics de demande, ce lien s’est atténué le reste du temps et on observe une décorrélation progressive entre les prix du gaz et ceux de l’électricité. Aux heures de forte production solaire, les prix chutent à des niveaux très bas, voire négatifs. L’électricité apparaît ainsi comme la seule énergie produite massivement en Europe capable de réduire durablement l’exposition aux chocs énergétiques. Et savoir la stocker – notamment sous forme de chaleur – permet de faire perdurer ce nouvel avantage compétitif y compris sur les périodes moins favorables.
Électrification et stockage thermique : un levier concret pour l’industrie
L’électrification des procédés industriels devient un levier central pour restaurer la compétitivité, en particulier pour la production de chaleur encore dépendante à plus de 80% aux énergies fossiles.
La solution développée par Epyr permet de consommer de l’électricité aux heures les plus favorables en chauffant via des résistances des briques en céramique à plus de 800°C. Cette chaleur est ensuite restituée en fonction des besoins du site, sous forme de vapeur ou autre fluide thermique.
Ce dispositif apporte une flexibilité essentielle. Il permet de produire de la chaleur lorsque les conditions de marché sont favorables, puis de l’utiliser ultérieurement. Lorsque l’électricité devient ponctuellement moins compétitive que le gaz et que le stockage est vide, les chaudières existantes prennent le relais. Ce fonctionnement hybride permet d’optimiser en continu le coût de production de la chaleur.
Cette électrification n’est plus théorique : elle fonctionne déjà à l’échelle industrielle. C’est le choix qu’a fait le papetier WEPA sur son site de Troyes, où Epyr a déployé la première unité de stockage thermique en France. L’objectif est clair : décarboner la production de chaleur grâce à l’électricité, sans compromis sur la fiabilité des opérations ou la compétitivité. Ce démonstrateur permet déjà la baisse 20% de la consommation de gaz tout en évitant l’émission de 1000 tCO2 par an, sans aucun surcoût, ni baisse de production.
Reprendre la main sur ses coûts énergétiques
Sur un mois comme mars 2026, un tel système joue un rôle de d’amortisseur face aux chocs sur les prix du gaz. Il permet d’acheter l’énergie aux moments les plus avantageux et de la valoriser ultérieurement. Là où une installation fonctionnant au gaz aurait subi des coûts de chaleur de l’ordre de 85 €/MWh (soit 50 % au-dessus des niveaux d’avant-crise), le site équipé d’une solution hybride aurait pu maintenir un coût marginal autour de 50 €/MWh, se protégeant ainsi des prix les plus élevés.

Les crises énergétiques récentes rappellent une évidence : tant que l’industrie européenne restera dépendante du gaz importé, elle restera exposée aux chocs géopolitiques. À l’inverse, elle dispose désormais d’une électricité bas carbone de plus en plus abondante, dont les coûts peuvent devenir un véritable levier de compétitivité.
L’électrification de la chaleur industrielle, en particulier lorsqu’elle est associée à de la flexibilité et au stockage thermique, offre une voie concrète pour passer de la vulnérabilité à la résilience et à la compétitivité : une approche qui permet de réagir en temps réel aux chocs de prix et d’optimiser les coûts énergétiques plutôt que de les subir.
Dans un monde de plus en plus instable, cette transformation devrait s’avérer tout aussi importante pour la compétitivité industrielle que pour la décarbonation. Les deux, en réalité, vont de pair.